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Le CAC 40 à 5.000 points, faut-il craindre une bulle boursière?
Le 09 / 03 / 2015

Les investisseurs se frottent les mains: ils ont gagné 16% depuis janvier, et quasiment 50% en 3 ans. Mais cette fulgurante progression finit par inquiéter.

 

Jusqu'où ira-t-il? Cette semaine, le CAC 40 a tutoyé les 5.000 points, revenant ainsi à ses niveaux de 2008. Les investisseurs se frottent les mains: ils ont gagné 16% depuis janvier, et presque 50% en 3 ans. Mais une telle progression finit par inquiéter.

 

De l'autre côté de l'Atlantique, les analystes boursiers se posent la même question: y a-t-il une bulle boursière? Il faut dire qu'à New York, le Nasdaq, l'indice des valeurs technologiques américaines, vient de franchir la barre des 5.000 points, portant ainsi à 300% sa hausse depuis son plancher à 1.265 points en mars 2009.

 

L'indice général de Wall Street, le S'P500, a connu, lui, une progression de 40% sur un an, la plus forte depuis… 30 ans. Et ce malgré les incertitudes sur le prix du pétrole, la menace islamiste, la crise en Ukraine et la dette grecque...

 

Tout va bien, assurent certains analystes, car nous ne sommes pas dans une bulle comme dans les années 2000. Pour Wayne Kaufman, le directeur de l'analyse de Phoenix Financial, "les fondamentaux sont là. A l'époque, les entreprises cotées n'offraient pas de cash-flow positifs et ne versaient pas de dividendes… Certaines sociétés valaient alors jusqu'à 200 fois leurs bénéfices!"

 

Les entreprises cotées sur le Nasdaq aujourd'hui en sont loin. N'empêche, leur rapport cours/bénéfice, proche de 20 fois, est très largement supérieur à leur moyenne historique…

 

Cours trop élevés?

 

Idem en Europe, où l'Eurostoxx 600, l'indice des 600 principales valeurs, est revenu à son niveau de 2007, effaçant tous les effets des crises des subprimes et de la dette grecque. En France, les niveaux des cours sont aussi anormalement élevés et les valeurs du CAC 40 se paient plus de 15 fois leurs bénéfices, largement au-dessus de leur ratio historique de 11,6 fois.

 

Qu'est-ce qui dope ainsi les marchés? Les politiques monétaires («QE» ou quantitative easing), bien sûr, engagées par toutes les grandes banques centrales: Fed aux Etats-Unis, BoJ au Japon, BoE en Grande-Bretagne et BCE en zone Euro. La BCE a déjà injecté des centaines de milliards d'euros et va en injecter 1.100 milliards de plus en achetant des titres obligataires sur le marché.

 

"Elle supprime ainsi toute une offre de titres dans lesquels investissaient les assureurs, les mutuelles et les caisses de retraite, qui se retrouvent privés de papier alors qu'ils doivent placer l'épargne de leurs cotisants. Ils s'orientent donc naturellement vers les marchés boursiers", explique Pierre Sabatier, président de la société d'analyse PrimeView.

 

C'est, confirme Christopher Dembik, analyste à Saxo Bank, un jeu dangereux: "La BCE a réinjecté des liquidités uniquement pour éviter un krach boursier. Une bulle spéculative est en train de se former et, comme toutes les précédentes, elle finira par exploser."

 

Une bulle presque mesurable: la capitalisation européenne a progressé de 25% en 4 mois. Plus de 1.000 milliards de capitalisation. Comme si les marchés avaient anticipé la BCE !

 

Cette hausse des marchés ne peut pas, en tous cas, être attribuée à la hausse des résultats des entreprises. Celle-ci est pourtant réelle. En France, par exemple, ceux du CAC 40 sont en progression (+37%), à 64,4 milliards d'euros, pour la première fois depuis 2010, d'après Ricol Lasteyrie. Mais, au niveau mondial, les annonces, en Europe et aux Etats-Unis, ont déçu: les analystes s'attendaient à mieux.

 

Du côté des inquiets

 

Pour Peter Schiff, président du courtier Euro Pacific Capital, des milliers de titres, comme celui d'Uber, le groupe de VTC, sont surévalués. "Ils affichent des capitalisations de plusieurs milliards pour des résultats ridicules. La bulle ne touche plus que la high-tech, comme dans les années 2000, c'est tout le marché qui est touché."

 

C'est aussi l'avis d'Eric Galiègue, président de la société d'analyse financière Valquant, qui recommande de "vendre les actions, dans la crainte d'une correction de 10 %". Il confirme le proverbe boursier, buy in october. And in may, go away. Ce qui se passe de traduction…

 

Eric Tréguier pour ChallengeSoir